Grandes Dames de la Chanson.

Elle est arrivée sur la pointe des pieds dans le monde de la chanson française en 2005 mais a su rapidement, grâce à quelques titres marquant - Mise à nu, T’es beau ou encore Mal assis - séduire un public large et fourni. Auréolée d’un succès commercial probant, son premier album éponyme est double Disque d’or, et d’une tournée de plus de 150 dates dont un Olympia complet en 2006, Pauline Croze a accepté de tout remettre en jeu avec ce Bruit Qui Court. "Pas sûr que tout le monde suive, que tous mes fans m’accompagnent dans cette nouvelle aventure" mais l’important est ailleurs. Pauline n’est plus la même et veut le faire entendre.
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Review Courtesy of RFI Musique.

Changer d’air

Usée par cette longue période passée sur les routes, elle s’octroie au sortir de cette tournée quatre mois complets de repos. Elle en profite pour voyager, réfléchir, se ressourcer. A son retour, les choses ont changé. "Je voulais casser cette image réductrice de chanteuse à guitare, casser les modes de composition de mes morceaux". C’est par cette vérité que Pauline Croze explique son état d’esprit au moment d’enregistrer ce second album.

Ses nouvelles chansons, elle les a ramassées le long de ce chemin. Encore marquée par ce sentiment de s’être trop mise à nu sur son précédent opus, Pauline a repris le contrôle de ses textes et signe ici onze de ses treize nouveaux titres. Une vraie nouveauté. Elle sait aujourd’hui comment varier les points de vue et laisse volontairement de côté l’écriture à la première personne pour élever ses textes à la hauteur de l’autre et du pluriel.

Les mots y sont toujours simples. Elle parle de ces choses du quotidien communes à nombre d’entre nous et s’interroge sur leurs significations, leurs raisons d’être, leurs manifestations. Chanter devient pour elle une sorte de lumière homéopathique proche de la thérapie, "c’est vrai que je continue à utiliser mes chansons pour mieux comprendre certaines choses". Pauline joue avec les thèmes de l’altérité et de ses rapports au monde qui l’entoure – les transports amoureux (Décembre), le besoin de l’autre, (Légère (soulève-moi)), les attentes face à la vie (Nous voulons vivre), les troubles relationnels (Les gens qui jasent , Sur ton front) mais aussi les enjeux écologiques (La couleur de la mer). Comme toujours chez cette artiste, "sans s’interdire aucun mot", ses pensées les plus personnelles, ses vérités sont à découvrir dans les non-dits. Alors quand Arthur H lui écrit sur commande le titre Baiser d’adieu, Pauline est presque gênée tant les paroles de cette chanson sont explicites et facilement compréhensibles. Mais la plus palpable de ses transformations réside ailleurs, nichée au cœur de sa musique.

La révolution

Elle est souriante, rieuse, lumineuse. Elle a pris des risques et se sent mieux. Qu’il semble loin le temps où elle plaquait des accords sur sa sacro-sainte guitare à longueur d’album. Pauline Croze a osé musicalement, multipliant les influences, libérant ses arrangements. Et pour cela, elle a révolutionné sa galaxie de musiciens, s’entourant pour l’occasion de pointures comme Martyn Barker à la basse et Simon Edwards à la batterie - la section rythmique de Beth Gibbons, chanteuse de Portishead, et Jean-Louis Solans à la guitare et aux programmations - guitariste de Mano Solo.

Mais surtout, Pauline Croze s’est fait aider dans la réalisation de cet album par Jean Lamoot, magicien de la console pour Alain Bashung et Noir Désir, entre autres. "Je n’avais pas d’idées préconçues sur le nom du réalisateur avec qui je voulais travailler. Nous avons décidé de faire un test ensemble sur un titre. Au sortir de ces deux jours de travail, je ne voulais plus changer. Jean Lamoot est exceptionnel. Il a fait un véritable travail de précision sur cet album". Du rock, de la chanson, des réminiscences africaines, des emprunts au jazz, flirtant avec le trip hop, Pauline Croze a décidé de frapper un grand coup en ouvrant son nouvel album à toutes ces musiques.

Chaque détail compte, chaque détail y a son importance, même cette voix que Pauline utilise désormais comme un instrument. Riche de ces nouvelles libertés, de ces nouveaux modes de composition, Un bruit qui court dégage une sensation jusqu’à présent inédite chez la jeune artiste, d’unité et de mouvement permanent. Léger et entraînant, son disque se promène parfois à quelques encablures seulement de la musique tonale.

"Depuis mon premier album, j’ai quitté ma bulle, je suis rentré dans l’âge adulte". Même si Pauline Croze continue, à juste titre d’ailleurs, de vouloir être considérée en demoiselle, cet album est la preuve d’une nouvelle maturité. Tout en restant fidèle à ses valeurs, en conservant cette fraîcheur qui a fait la force et le succès de son premier album, Pauline Croze a rajouté de nouvelles teintes à sa musique. Rayonnantes et colorées, elles font de ce bruit qui court un disque pas tout à fait comme les autres. Un disque différent. Un disque qui place Pauline Croze dans une logique étonnante, sur un chemin de traverse, là où se promènent souvent les grandes dames de la chanson.

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cool